Porteurs sains du gène de l’Alzheimer: Une méthode permet d’identifier les personnes les moins à risque de développer la maladie

ApoE4, cela vous dit quelque chose ? Derrière ce nom de code se cache le gène dit de l’Alzheimer. Récemment encore, être porteur de ce gène signifiait que la maladie avait de très fortes chances de vous frapper un jour. Tous les porteurs de ce gène ne développeront pourtant pas l’Alzheimer. Selon une nouvelle étude canadienne publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease, il est désormais possible d’identifier les porteurs de ce gène qui sont moins à risque d’être atteints de la maladie.

Dans cette étude, la chercheuse Véronique Bohbot (Institut universitaire en santé mentale Douglas ; CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal) montre pour la première fois que nous pouvons distinguer parmi les porteurs sains du gène ApoE4 les gens qui ont un cerveau normal de ceux qui ont déjà une atrophie de leur hippocampe et d’autres régions connexes comme le cortex entorhinal, signe d’un diagnostic futur de la maladie.

« Dans le passé, des personnes se sont suicidées après avoir appris qu’elles avaient le gène ApoE4 par peur d’avoir la maladie d’Alzheimer. D’après nos résultats, être porteur du gène ApoE4 n’implique pas d’avoir une atrophie du cerveau associée à la maladie d’Alzheimer », explique Véronique Bohbot, professeure agrégée à l’université McGill.

Au laboratoire, elle et son équipe ont eu recours à la navigation virtuelle et à l’imagerie cérébrale pour réaliser cette étude auprès d’aînés en santé et porteurs du gène ApoE4. Ils ont pu montrer que les personnes ayant un cerveau complètement normal (c.-à-d. sans réduction de volume de l’hippocampe et du cortex entorhinal) utilisent une stratégie de mémoire spatiale pour s’orienter dans l’espace. Dans ce cas-là, elles élaborent des cartes mentales à l’aide de repères et d’indices visuels. Cette stratégie dépend directement de l’hippocampe, le sollicite et favorise l’augmentation du volume de matière grise en son sein.

À l’opposé, les personnes présentant une diminution de volume de l’hippocampe et du cortex entorhinal utilisent une stratégie de stimulus-réponse pour se déplacer. Cette stratégie de navigation ne sollicite pas du tout l’hippocampe, mais plutôt les noyaux caudés, une zone cérébrale qui agit comme un pilote automatique (trajet habituel pour se rendre au travail par exemple).

Dans une étude antérieure, Véronique Bohbot avait montré que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont de plus gros noyaux caudés que les patients qui n’ont pas la maladie. Cette nouvelle étude montre que les personnes en excellente santé qui utilisent les noyaux caudés peuvent déjà avoir une atrophie à l’hippocampe et au cortex entorhinal, signe d’un futur diagnostic de la maladie d’Alzheimer.

Vers une détection plus précoce

Sélectionnés parmi 515 volontaires, les aînés participant à l’étude étaient en excellente santé, porteurs du gène ApoE4 et n’avaient aucun trouble de mémoire. Ils ont obtenu d’excellents scores dans tous les tests standards utilisés en neuropsychologie.

« Par imagerie cérébrale, nous avons pu identifier les porteurs sains du gène ApoE4 qui présentent une atrophie de l’hippocampe, du cortex entorhinal et aucune activité cérébrale dans cette zone, signes de risques élevés de la maladie d’Alzheimer. Cette détection se fait donc possiblement 10 ans avant que la maladie se déclare », explique Véronique Bohbot.

Cette méthode pourrait aider à cibler les personnes à risque de la maladie et à intervenir de façon préventive lorsqu’elles sont encore en excellente santé. Selon la Société Alzheimer du Canada, la maladie d’Alzheimer ou une autre forme de démence touche actuellement 564 000 Canadiens. 937 000 en seront atteints dans 15 ans.

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Ces travaux de recherche ont été financés par des subventions des Instituts de Recherche de Santé du Canada.

L’article « Healthy versus Entorhinal Cortical Atrophy Identification in Asymptomatic APOE4 Carriers at Risk for Alzheimer’s Disease » a été publié dans la revue Journal of Alzheimer’s Disease le 20 décembre 2017. DOI : 10.3233/JAD-170540

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Bruno Geoffroy

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