Une étude reliant la dépression à des cellules cérébrales altérées ouvre la voie à de nouveaux traitements

Septembre 2025

Des recherches menées sur de rares échantillons de cerveaux post-mortem révèlent une activité génétique modifiée, apportant un nouvel éclairage sur les racines biologiques de la dépression.
Adapté d’un texte écrit par Keila DePape

Les Drs Gustavo Turecki et Corina Nagy, chercheurs de l’Institut Douglas, en collaboration avec le Dr Yue Li, de l’Université McGill, ont identifié deux types spécifiques de cellules cérébrales altérées chez les personnes souffrant de dépression.
L’étude, publiée dans Nature Genetics, ouvre la voie au développement de nouveaux traitements ciblant ces cellules et approfondit notre compréhension de la dépression, l’une des principales causes d’incapacité dans le monde, touchant plus de 264 millions de personnes.

C’est la première fois que nous parvenons à identifier les types spécifiques de cellules cérébrales affectées par la dépression en cartographiant à la fois l’activité génétique et les mécanismes qui régulent le code de l’ADN. Cela nous donne une image beaucoup plus claire des perturbations en jeu et des cellules impliquées.

Dr Gustavo Turecki, auteur principal de l’étude, professeur à McGill, clinicien-chercheur à l’Institut Douglas
et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le trouble dépressif majeur et le suicide.


Une percée rendue possible par une banque de cerveaux unique

Les chercheurs ont utilisé des tissus cérébraux post-mortem provenant de la Banque de cerveaux Douglas, l’une des rares collections au monde de tissus donnés par des personnes ayant eu des troubles psychiatriques.

Ils ont eu recours à des techniques de génomique unicellulaire pour analyser l’ARN et l’ADN de milliers de cellules cérébrales, identifiant celles qui fonctionnaient différemment dans la dépression et les séquences d’ADN pouvant expliquer ces différences.
Ils ont étudié des échantillons provenant de 59 personnes atteintes de dépression et de 41 personnes non atteintes.

Les résultats ont révélé une activité génétique altérée dans un certain type de neurones excitateurs, impliqués dans la régulation de l’humeur et du stress, ainsi que dans un sous-type de cellules microgliales, qui participent à la gestion de l’inflammation. Dans les deux types cellulaires, de nombreux gènes fonctionnaient différemment chez les personnes souffrant de dépression, suggérant des perturbations potentielles dans ces systèmes cérébraux clés.

En identifiant les cellules cérébrales affectées par la dépression, l’étude apporte un nouvel éclairage sur ses bases biologiques et, plus largement, remet en question certaines idées reçues persistantes à propos du trouble.

« Cette recherche renforce ce que les neurosciences nous disent depuis des années, » ajoute Turecki. « La dépression n’est pas seulement émotionnelle, elle reflète des changements réels et mesurables dans le cerveau. »

Les chercheurs prévoient maintenant d’étudier comment ces altérations cellulaires affectent le fonctionnement du cerveau et si les cibler pourrait mener à de meilleurs traitements.


À propos de l’étude

« Single-nucleus chromatin accessibility profiling identifies cell types and functional variants contributing to major depression » par Anjali Chawla et Gustavo Turecki et coll., a été publiée dans Nature Genetics.

Cette étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation Brain Canada, le Fonds de recherche du Québec – Santé et l’initiative Healthy Brains, Healthy Lives de l’Université McGill.