Avec son équipe, la Dre Marie-Claude Geoffroy, chercheuse au Centre de recherche Douglas, professeure agrégée au département de psychiatrie de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en prévention du suicide chez les jeunes, vient de publier une revue systématique sur les facteurs qui contribuent au suicide chez les jeunes. L’article, intitulé « Facteurs de risque et de protection pour la mortalité par suicide chez les jeunes – une revue systématique et une méta-analyse », a été publié le 2 juillet 2026 dans JAMA Network Open.
Ce travail a été réalisé en collaboration avec la Dre Srividya N. Iyer, également du Centre de recherche Douglas.
POINTS CLÉS
Cette revue systématique et méta-analyse a examiné les facteurs de risque et de protection associés à la mortalité par suicide chez les jeunes de 24 ans et moins. Basée sur 90 rapports issus de 68 études, elle constitue la synthèse la plus complète à ce jour sur les décès par suicide chez les jeunes. Les principaux facteurs de risque étaient les troubles de santé mentale, notamment la schizophrénie, les troubles de l’humeur, le trouble bipolaire, la dépression et les antécédents d’automutilation. Les hospitalisations psychiatriques et les contacts récents avec les services de santé mentale étaient également fortement associés au risque. Parmi les facteurs sociaux, la maltraitance, le placement hors domicile, l’implication dans le système judiciaire, le faible niveau d’éducation et la défavorisation socioéconomique augmentaient le risque. À l’inverse, les indicateurs liés à la stabilité familiale étaient associés à un risque plus faible.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
Le suicide demeure l’une des principales causes de décès chez les jeunes dans le monde. Pourtant, la plupart des recherches ont porté sur l’idéation suicidaire, les tentatives de suicide ou des populations d’âges variés. Cette étude montre que la mortalité par suicide résulte de l’interaction entre vulnérabilité psychiatrique et adversité sociale. Les résultats soulignent l’importance de stratégies de prévention qui vont au-delà du traitement clinique et tiennent compte des déterminants sociaux de la santé et des expériences vécues durant l’enfance.

CE QU’ILS ONT FAIT
Les auteurs ont réalisé une revue systématique et une méta-analyse selon les lignes directrices PRISMA. Après avoir effectué des recherches dans MEDLINE, PsycINFO, Embase et CINAHL jusqu’en mars 2025, ils ont examiné plus de 9 400 références. Les études retenues comparaient des jeunes décédés par suicide à des témoins vivants et évaluaient des facteurs de risque ou de protection. Au total, 68 études ont été incluses. Les 846 facteurs recensés ont été regroupés en cinq catégories : santé mentale et automutilation, troubles physiques, recours aux soins, facteurs prénataux/périnataux et déterminants socioécologiques. Des méta-analyses à effets aléatoires ont été réalisées lorsque les données le permettaient.
CE QU’ILS ONT TROUVÉ
Les troubles mentaux étaient les facteurs les plus fortement associés au suicide. La schizophrénie augmentait les probabilités de décès par suicide de plus de 22 fois, tandis que les troubles de l’humeur, le trouble bipolaire et la dépression étaient également fortement liés au risque. Les antécédents d’automutilation multipliaient le risque par plus de 14. Les indicateurs de recours aux soins constituaient aussi d’importants marqueurs de risque : l’hospitalisation psychiatrique était associée à une augmentation d’environ 32 fois des probabilités de décès, et un contact avec les services de santé mentale dans l’année précédant le décès à une augmentation de plus de sept fois. Sur le plan social, la maltraitance, le placement hors domicile, l’implication dans la justice des jeunes, l’instabilité résidentielle et le faible niveau d’éducation étaient associés à un risque accru. Les principaux facteurs protecteurs observés étaient le fait de vivre avec les deux parents et le mariage parental.
CE QUE CELA SIGNIFIE
Une prévention efficace du suicide chez les jeunes exige une approche à la fois clinique et populationnelle. Cela implique le dépistage précoce et le traitement des troubles mentaux, une intervention rapide après un épisode d’automutilation et une continuité des soins pendant les périodes à haut risque. En parallèle, des actions visant à réduire l’adversité durant l’enfance, améliorer les conditions sociales et éducatives et renforcer les soutiens familiaux pourraient contribuer de façon importante à la prévention.
PROCHAINES ÉTAPES
Les auteurs recommandent de mieux comprendre comment les facteurs sociaux et la santé mentale interagissent au cours du développement pour accroître le risque de suicide. Ils soulignent également le manque de données sur l’intimidation, les facteurs de protection, ainsi que sur les jeunes autochtones, les jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre, et ceux vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les futures initiatives devraient miser autant sur la réduction des risques psychiatriques que sur la création d’environnements stables et favorables au développement de la résilience.
