Labo Tritsch: Au-delà de l’impulsion dopaminergique

Pourquoi la vigueur du mouvement ne dépend pas des fluctuations inférieures à une seconde

Le 19 novembre 2025

Le Dr Nicolas Tritsch, chercheur au Centre de recherche Douglas et Professeur adjoint au Département de psychiatrie de l’Université McGill, et son équipe viennent de publier un article explorant comment les niveaux de dopamine dans le striatum contrôlent les mouvements. L’article, intitulé « Subsecond dopamine fluctuations do not specify the vigour of ongoing actions », a été publié le 10 novembre dans Nature Neuroscience.


À retenir

Cet article montre que les fluctuations dopaminergiques (DA) inférieures à une seconde dans le striatum ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour déterminer la vigueur des mouvements des membres en cours. Au contraire, le tonus dopaminergique global joue un rôle critique dans la restauration de la vigueur motrice, en particulier dans les modèles parkinsoniens. Les tentatives de manipulation transitoire des niveaux de dopamine pendant le mouvement à l’aide de techniques optogénétiques n’ont pas modifié la vigueur du mouvement. Ces résultats suggèrent que l’influence de la dopamine sur le contrôle moteur est davantage liée à la motivation et à l’initiation de l’action qu’à une modulation instantanée de la vitesse ou de l’amplitude du mouvement.


Pourquoi c’est important

Cette recherche remet en question l’hypothèse de longue date selon laquelle les signaux dopaminergiques phasiques contrôlent dynamiquement la vigueur du mouvement. Les résultats ont des implications majeures pour le traitement de la maladie de Parkinson, montrant que l’efficacité de la lévodopa ne dépend pas de la restauration des fluctuations rapides de dopamine. Par conséquent, les stratégies thérapeutiques devraient privilégier le maintien d’un tonus dopaminergique adéquat plutôt que la reproduction des schémas phasiques naturels.


Méthodologie

Pour étudier ces mécanismes, l’équipe de Tritsch a entraîné des souris fixées par la tête à effectuer des pressions rapides et auto-rythmées sur un levier pour obtenir de l’eau. Les dynamiques dopaminergiques dans le striatum dorsolatéral et dorsomédial ont été surveillées par photométrie à fibre avec des capteurs GRAB-DA pendant le mouvement. L’équipe a induit des lésions unilatérales des neurones dopaminergiques et évalué l’effet du traitement par lévodopa. De plus, des outils optogénétiques ont été utilisés pour inhiber (GtACR2) ou stimuler (ChR2) les neurones dopaminergiques du mésencéphale pendant les mouvements en cours afin d’explorer les effets causaux.


Résultats

L’étude a révélé que des pressions vigoureuses sur le levier nécessitent l’intégrité dopaminergique contralatérale mais pas les fluctuations dopaminergiques inférieures à une seconde. Les niveaux de dopamine dans le striatum dorsolatéral diminuaient légèrement, tandis que ceux du striatum dorsomédial augmentaient légèrement au début du mouvement ; cependant, ces fluctuations présentaient une corrélation faible ou inexistante avec la vigueur du mouvement. Fait important, la lévodopa a restauré la vigueur motrice sans rétablir les signaux phasiques, et les manipulations optogénétiques n’ont pas modifié la vigueur même lorsque les niveaux de dopamine étaient fortement modulés.


Interprétation

Ces résultats indiquent que la dopamine ne fonctionne pas comme un « contrôleur de gain en ligne » pour les commandes motrices à l’échelle de la sous-seconde. Au lieu de cela, la dopamine influence probablement le mouvement par des mécanismes à plus long terme tels que la motivation, la sélection de l’action et l’apprentissage par renforcement. Bien que les signaux phasiques puissent contribuer à façonner les schémas moteurs via la plasticité synaptique au fil des essais répétés, ils ne semblent pas moduler la vigueur du mouvement instantanément.


Perspectives

Les recherches futures devraient explorer comment la plasticité induite par la dopamine interagit avec les circuits corticaux et striataux pour coder la vigueur du mouvement pendant l’apprentissage. Il sera crucial d’étudier si des changements dopaminergiques supra-physiologiques ou des sous-types spécifiques de neurones dopaminergiques peuvent moduler la vigueur dans différents contextes comportementaux. De plus, le développement de thérapies pour la maladie de Parkinson visant à optimiser le tonus dopaminergique représente une voie prometteuse, même sans la restauration phasique.


L’étude

Liu H, Melani R, Maltese M, Taniguchi J, Sankaramanchi A, Zeng R, Martin JR, Tritsch NX. Subsecond dopamine fluctuations do not specify the vigor of ongoing actions. Nat Neurosci. 2025 Nov 10. doi: 10.1038/s41593-025-02102-1. PMID: 41214177.