Du ventre maternel à l’âge adulte : Effets durables du stress prénatal sur le développement reproducteur

Avec son équipe, la Dre Suzanne King, chercheuse au Centre de recherche Douglas et professeure émérite au département de psychiatrie de l’Université McGill, vient de publier un article sur la façon dont le stress maternel prénatal peut affecter le système reproducteur humain à long terme. L’article, intitulé « Le stress maternel prénatal est associé à des altérations de l’intégrité structurelle de l’axe hypothalamique–hypophyse–gonadal 20 ans plus tard : Projet Ice Storm », a été publié le 21 mai 2026 dans Human Reproduction.


POINTS CLÉS

L’étude montre que le stress maternel prénatal (SMP), en particulier lorsqu’il est causé par une catastrophe naturelle, a des effets durables sur le système reproducteur humain. L’exposition pendant la grossesse est associée à des modifications structurelles de l’axe hypothalamo‑hypophyso‑gonadique (HHG) chez les descendants près de 20 ans plus tard. Des niveaux plus élevés de stress sont liés à des altérations des volumes de l’hypothalamus et de l’hypophyse, à une perturbation des différences sexuelles typiques, ainsi qu’à des changements dans la structure des gonades (par exemple, des testicules plus petits chez les hommes et davantage de follicules ovariens chez les femmes). Globalement, le SMP semble influencer la différenciation sexuelle et le développement reproducteur de manière spécifique selon le sexe.


POURQUOI C’EST IMPORTANT

Comprendre comment le stress pendant la grossesse façonne les résultats biologiques à long terme est essentiel pour la santé publique et les sciences du développement. L’axe HHG régule la puberté, la fertilité et la santé reproductive. Si le stress prénatal peut modifier son développement, cela pourrait contribuer à des problèmes de fertilité, à des variations dans le moment de la puberté et à d’autres différences de santé plus tard dans la vie. Cette étude fournit des preuves humaines rares — basées sur une catastrophe naturelle quasi expérimentale — que le stress prénatal peut avoir des conséquences physiologiques durables indépendantes des facteurs génétiques ou familiaux.


CE QUE L’ÉQUIPE A FAIT

Les chercheurs ont utilisé les données du projet « Ice Storm », une étude longitudinale portant sur des individus dont les mères ont vécu différents niveaux de stress lors de la tempête de verglas de 1998 au Québec. Le stress prénatal a été mesuré à la fois de manière objective (par exemple, nombre de jours sans électricité, pertes financières) et subjective (détresse psychologique). À l’âge de 18,5 ans, les participants (39 exposés, 31 témoins) ont subi des examens d’IRM pour mesurer les structures de l’hypothalamus, de l’hypophyse et des gonades. Les niveaux hormonaux (testostérone et œstradiol) ainsi que le nombre de follicules ovariens ont également été évalués. Des analyses statistiques ont permis d’examiner les relations entre le SMP et ces mesures structurelles.


CE QUE L’ÉQUIPE A TROUVÉ

Plusieurs effets importants ont été observés. Premièrement, la différence sexuelle typique du volume de l’hypothalamus (plus grand chez les hommes) était présente chez les témoins, mais disparaissait à des niveaux élevés de SMP, indiquant une perturbation de la différenciation sexuelle. Deuxièmement, une plus grande exposition au stress prénatal était associée à des volumes plus faibles de l’hypothalamus et de l’hypophyse, surtout chez les hommes. Troisièmement, les hommes exposés au SMP avaient une hypophyse plus petite et un volume testiculaire gauche réduit. Quatrièmement, les femmes exposées présentaient davantage de follicules et un ovaire gauche légèrement plus volumineux, suggérant des caractéristiques de type polykystique. Notamment, plusieurs effets étaient plus fortement liés au stress objectif qu’au stress subjectif, et certains étaient latéralisés (affectant le côté gauche).


CE QUE CELA SIGNIFIE

Ces résultats soutiennent l’idée que le stress prénatal modifie l’environnement hormonal fœtal — en particulier la régulation de la testostérone — influençant ainsi le développement des structures reproductrices. Les résultats suggèrent des voies spécifiques selon le sexe : le stress pourrait inhiber la croissance des structures reproductrices masculines tout en modifiant, voire en accentuant, certains traits reproductifs féminins. La perturbation de la différenciation sexuelle du cerveau et des gonades pourrait avoir des répercussions sur la fertilité, la puberté et le fonctionnement endocrinien. L’étude met également en évidence l’importance du stress objectif (indépendant de la perception maternelle) dans le développement.


PROCHAINES ÉTAPES

Les recherches futures devront explorer les mécanismes biologiques reliant le stress maternel aux modifications hormonales fœtales, notamment les voies impliquant le cortisol et les androgènes. Des échantillons plus larges seront nécessaires pour confirmer ces résultats et analyser les effets selon le moment de l’exposition pendant la grossesse. Il sera également important d’étudier les conséquences cliniques, comme la fertilité et les troubles reproductifs (par exemple, le syndrome des ovaires polykystiques). L’amélioration des techniques d’imagerie permettra une évaluation plus précise des petites structures cérébrales. Enfin, des interventions visant à réduire le stress pendant la grossesse pourraient aider à limiter les effets à long terme sur le développement.